Il y avait une fois l'idée d'écrire un poème sur un ticket de bus. Après quelques essais en laboratoire, il apparut que ce
support était le support idéal en matière de poésie. Dans la ville de Brest, un grand concours fut donc organisé. Les poèmes gagnants décoreraient les bus et circuleraient en
ville.
On disposa des urnes dans les bibliothèques et les librairies des environs, et 500 poèmes furent collectés en un mois.
C'est l'association An Amzer Poésies qui se chargea, pour cette première année (2006), d'organiser la chose.
Par la suite, chaque printemps, le jeu des poétickets ravit toujours davantage de participants : haïkus, quatrains, brèves de
comptoir, coups de gueule, aphorismes, vers de mirlitons, hapdeks1, questions existentielles, énumérations, petites annonces, déclarations d'amour, notes de frais, chacun s'en donnait
à coeur joie. Toutes les formes de poésie, jusqu'aux plus hermétiques inscriptions, égayèrent les tickets de bus de leurs nobles arabesques.
Les poèmes affluaient du bout du monde. Pour faire joli, des cartonnistes construisirent un abribus en carton afin de les
exposer. Une idée en amenant une autre, on se mit en tête plein de projets farfelus. La plupart d'entre eux ne virent jamais le jour, mais il y eut tout de même une exposition avec des
montgolfières et un gâteau en forme de ticket de bus, ainsi que des minilivres, une saynète, et des tas de choses rigolotes. Les bretonnants composèrent en breton. Les calligraphes
calligraphièrent des poétickets. De plus en plus d'élèves participent dans les collèges et les lycées au lieu de préparer leurs examens.
En 2010, l'association Compter les girafes prend la relève d'An Amzer pour l'organisation du jeu. L'idée principale est de
consacrer une bonne partie du temps libre que laisse l'énumération des girafes en liberté dans le nord Finistère aux poétickets.
1 L'hapdek est un poème traditionnel lapon, importé en France au début du dix-neuvième siècle. "Rien n'est plus beau qu'un hapdek". Victor
Hugo.